Cher Franck Jalleau

Chers amis,
Franck Jalleau est mort alors qu’avec toujours le même enthousiasme et dynamisme nous préparions l’organisation d’un nouveau stage de gravure lapidaire dans le cadre de la Fondation Louis Jou aux Baux-de-Provence.
Franck aimait transmettre et le faisait avec passion, sans jamais s’économiser.
Animateur infatigable, il s’engageait toujours totalement.
Chacun gardera en mémoire les soirées prolongées, tard dans la nuit des Baux, elles faisaient aussi la richesse de ces rencontres .
Sa compétence exceptionnelle, unique, de graveur mais aussi de typographe d’une rare culture et expérience lui permettait de guider chacun sans jamais décourager, toujours positif.
Sa qualité de transmetteur était telle que plusieurs participants revenaient d’années en années autant pour son exceptionnelle compétence, son regard exigeant que pour ses qualités d’animateur fraternel.

La Fondation Jou peut s’honorer, dans ce grand moment de tristesse, d’avoir su accueillir Franck Jalleau.

Pour Franck
Franck était généreux de sa connaissance, de son savoir, de ses expériences, il s’est souvent confié, il le faisait avec simplicité et clarté et finesse. Disait sa pensée, ses croyances, ses fréquentations, ses influences, ses apprivoisements typographiques, ses choix, sa méthode, ses créations.
Il a bien fait, il le faisait bien.
Je ne veux dire ici que ces moments, ce temps durant lesquels nous avons construit ce lieu de formation à l’école.
Ce nous est collectif, citer chacun n’est pas le lieu, Franck en a été un des acteur majeur.
C’était la volonté de redonner à l’école Estienne, je crois qu’il faut dire, de donner, à ce niveau d’excellence, sa véritable dimension typographique.
Retrouver une place de référence en typographie.
Pas toujours facile ! Nous n’étions pas toujours d’accord !
Franck se sent toujours à l’étroit dans les structures administratives. Il doit pour y survivre finir par inventer son poste, celui où il se sentira en accord avec le projet qu’il porte, toujours avec une forte conviction.
La chance était que nous avions la souplesse pour construire cette formation, nous pouvions expérimenter, essayer, trouver des solutions, adapter.
Chacun alors a trouvé progressivement sa place entre les deux grandes tendances, d’abord design de caractères ou plutôt design graphique.
Et puis le temps, (vécu un moment comme des heures de formations perdues), des stages Erasmus.
Merci aux étudiants cobayes !
Cette formation a évolué, évolue encore, s’adapte et tient bon au gré des personnalités qui passent, Franck a intégré dans le cursus un atelier d’une semaine de gravure lapidaire. Il en est toujours un des pivot solide comme il l’est dans la formation qui précède. Ce qui permet une belle continuité.

Franck aura formé, contribué à former je ne sais combien de professionnels de haute compétence typographique, sans doute plus de 500, et si sa personnalité, forte, les marque inévitablement, il a toujours su laisser leur liberté s’épanouir, su encourager leur autonomie de création ; le plus fondamental pour lui reste l’éducation du regard.
Tous sont un peu ses enfants typos qui lui doivent quelque chose

Mais pour moi Franck est d’abord un magnifique artisan, un homme de la main, le dessin, les traces matérielles sur un support restent fondamentales.
La machine est là, acceptée, mais à sa place de machine.
La main reste son outil parfait.
Là nous nous retrouvions.
Je veux dire aussi cette passion depuis toujours pour la gravure lapidaire qui l’a fait comme entrer en typographie. Taper du caillou.
Quels moments magnifiques et heureux que ces stages aux Baux ou à Blieux, chez moi, ou chacun venait d’abord pour lui, revenait pour apprendre encore et aussi se retrouver entre amis.
Souvenir de discussions d’échanges d’engagements tard dans la nuit !
Dernier couché premier levé ! Animateur infatigable.
Il donnait la force et l’énergie dans la joie, l’humour et souvent une ironie légère, toujours stimulante. Je sais son œil noir brillant d’une plaisanterie bien préparée, un peu à l’écart, en retrait, à distance, en observateur précis et qui tout à coup fuse et s’abat ! Jamais blessant. Franck l’adolescent chahuteur.
Franck et le palet vendéen qui ne supporte de perdre !
On pourrait dire aussi : Franck le maçon, il a construit, participé à la construction de plusieurs maisons, il ne reculait devant aucun chantier, Franck le menuisier, Franck le jardinier, Franck le pêcheur !! ça m’a toujours interloqué d’imaginer cet hyperactif assis calmement devant sa canne !

Franck ne s’est jamais économisé. Il se donnait totalement, sacrifiait totalement à sa passion de la lettre, sous toutes ses formes, mais bien plus, à sa passion de transmettre.
Il se donnait toujours totalement.
Il avait une énergie folle, contagieuse, il en donnait toujours tellement à tous. Il en donnait généreusement tant, sans compter, et il a tant donné, qu’il n’a pas su en garder assez pour lui et faire battre encore son cœur pour que nous tournions ensemble, encore quelques belles pages de vie.

Franck tu nous laisses tous orphelins.
Tu nous laisses dans la tristesse.