travaux

La fondation

Hôtel Jean de Brion
Siège de La Fondation dans la Grand-Rue aux Baux-de-Provence

Le souci de Louis Jou, durant les dernières années de sa vie, était le sort qui menaçait son atelier et tout l’ensemble exceptionnel installé sur le rocher des Baux par son inlassable activité créatrice : sa demeure, l’ancien Hôtel Jean de Brion entièrement restauré par lui, tour à tour architecte, maçon, tailleur de pierres, sa précieuse bibliothèque, et son atelier construit en face, avec ses trois presses à bras et tous ses caractères. Ce qui lui tenait le plus à coeur était que son atelier continue de vivre après lui, que d’autres y apprennent la joie de faire de la belle typographie et la peine qu’on y prend pour servir l’art du livre.

Alors, ses plus proches amis cherchèrent le moyen le plus sûr de conserver dans l’avenir ce patrimoine culturel.

On commença par faire, du vivant de Jou, une Association des Amis de Louis Jou. Puis après bien des péripéties, car il n’est pas simple d’offrir ses biens à la communauté publique, une Fondation fut créée en 1975, grâce à l’intérêt que portait à ce projet André Malraux, Ministre de la Culture, au point même qu’il avait accepté, par exception, de faire partie du Conseil d’administration.

Le 28 août 1976, la Fondation Louis Jou fut reconnue d’utilité publique. Jou était mort le 2 janvier 1968. Il faut rendre ici hommage à Madame Louis Jou, sans laquelle rien de durable n’aurait pu se faire. Poppy admirait profondément son mari, pour son esprit universel et son œuvre. Après la mort de Jou, elle ne voulait pas voir s’ensevelir sous la poussière et s’oxyder dans l’inaction les presses et les plombs qui avaient fait de si beaux livres. Alors elle engagea un jeune typographe pour lui faire imprimer des feuilles de textes, à vendre dans la Boutique de l’Imprimeur qu’elle créa dans ce but.

Ainsi était sauvé l’atelier qui a fonctionné jusqu’au printemps 1997. En outre, elle assuma la charge financière et matérielle des immeubles jusqu’à l’établissement de la Fondation, à laquelle elle légua tous ses biens, fruits de son travail. Chère Poppy, généreuse, accueillante, primesautière et passionnée. Douée pour l’écriture, mais pas pour les chiffres, à la fois brouillonne et commerçante avisée, elle agissait en toutes choses sans s’encombrer de formalisme et de formalités.
Elle prit soin de Jou avec le dévouement et la compréhension d’une vraie femme d’artiste, sans rien abdiquer de son originale personnalité. Poppy nous a quittés le 25 octobre 1983.
L’objet de la Fondation est clairement défini dans ses statuts : assurer par tous moyens la défense et la diffusion de l’oeuvre de Louis Jou et la sauvegarde des biens s’y rattachant, organiser des stages d’études typographiques dans son atelier et favoriser les rencontres entre imprimeurs et artistes, français et étrangers, désireux de contribuer au développement de l’art graphique. Les moyens d’action sont : les publications, l’organisation d’un musée, les prêts de livres à des expositions, la réunion de colloques, l’impression d’ouvrages de toutes sortes et d’une manière générale, tous les moyens utiles à la réalisation de son but.

Le Musée - Il n’avait pas été prévu par Jou de faire de sa demeure un musée, parce que faire visiter ses collections lui importait moins que perpétuer l’activité de l’atelier. Mais le rôle culturel de la Fondation étant de faire connaître au plus grand nombre l’œuvre de Jou et la belle typographie, seul un musée pouvait les rendre accessibles au public. Il a été réalisé dans la Maison Jean de Brion et présente, avec les œuvres de Jou, une partie de ses collections : incunables et autres livres anciens, gravures de Dürer et de Goya, peintures, objets d’art, céramiques faites par Jou, et ses meubles.

Dans la grande salle voûtée, ancienne salle à manger, se trouve toujours la belle table espagnole autour de laquelle tant d’amis et de visiteurs imprévus se sont régalés des mets succulents préparés par Poppy dans la petite salle voûtée contiguë qui était la cuisine et au premier étage la bibliothèque de Jou a conservé l’état qu’elle avait de son vivant.
En parcourant les 7 salles du Musée, qui a gardé l’ambiance d’une demeure privée, on peut voir dans les vitrines les plus beaux livres de Jou : Le Prince, de Machiavel ; Les Sonnets pour Hélène, de Ronsard ; Thaïs,d’Anatole France ; Salomé, d’Oscar Wilde ; Les Amours de Psyché et de Cupidon, de Jean de La Fontaine ; Musiciens, d’André Suarès ; Les Oraisons funèbres, de Bossuet ; Les Sonnets de Louise Labé ; Jeanne d’Arc ; Le Chemin de la Croix, et son oeuvre capitale Les Essais de Montaigne en 3 volumes, etc.

Certains des livres ont une reliure admirablement décorée par Jou lui-même.

L’Atelier - En face du Musée se trouve l’atelier d’imprimerie de Jou. Il ne fonctionne plus pour des raisons économiques. Les textes imprimés auparavant par la Fondation Louis Jou sur les presses à bras sont toujours en vente sur place ou par correspondance.

Le Musée et l’Atelier se visitent par groupes (30 personnes minimum)
de 8 heures à 22 heures, uniquement sur rendez-vous par téléphone.

« Cet ensemble de la Renaissance a été harmonieusement restauré par Louis Jou qui est sans contredit le premier à s’être intéressé à la conservation du village et à sa nouvelle renaissance. La restauration de la maison de Jean de Brion revient à cet artiste et si l’on peut lui reprocher trop de remises à neuf, il n’en reste pas moins vrai que celles-ci ont été exécutées sur le modèle des éléments existants. Louis Jou, graveur, dont le souvenir restera impérissable, a su faire revivre aux Baux l’art des grands maîtres du Moyen Age. »

Texte extrait de Les Baux de Provence de Fernand Pouillon, édité par F. de Nobele, libraire à Paris 6e, 35, rue Bonaparte. (Ouvrage imprimé à 250 exemplaires).