travaux

La fondation

Hôtel Jean de Brion
Siège de La Fondation dans la Grand-Rue aux Baux-de-Provence.
Avant restauration, dans les années 90.

Le souci de Louis Jou, durant les dernières années de sa vie, était le sort qui menaçait son atelier et tout l’ensemble exceptionnel installé sur le rocher des Baux par son inlassable activité créatrice : sa demeure, l’ancien Hôtel Jean de Brion entièrement restauré par lui, tour à tour architecte, maçon, tailleur de pierres, sa précieuse bibliothèque, et son atelier construit en face, avec ses trois presses à bras et tous ses caractères. Ce qui lui tenait le plus à cœur était que son atelier continue de vivre après lui, que d’autres y apprennent la joie de faire de la belle typographie et la peine qu’on y prend pour servir l’art du livre.

Alors ses plus proches amis cherchèrent le moyen le plus sûr de conserver ce patrimoine culturel. Au nombre de ses amis, il faut accorder une place essentielle à Hélène Jeanbrau qui avait fait la connaissance de Jou à Prades, lors du Festival Pablo Casals. Elle vint aux Baux, découvrit la munificence et l’ampleur du travail de Jou. Elle noua avec lui et avec Poppy son épouse, une indéfectible amitié. Cette photographe de renom contribua, par son engagement, à résoudre les inquiétudes de Jou : elle fit expertiser ses biens immobiliers et mobiliers, en fit l’acquisition et leur en laissa la jouissance jusqu’à leur décès.

Une Association des Amis fut créée et dans le même temps se préparaient les statuts de la Fondation qui vit le jour en 1975, grâce en particulier à l’intérêt que portait à ce projet André Malraux, Ministre de la culture, qui avait accepté, par exception, de faire partie du Conseil d’administration.

Après la mort de Louis Jou le 2 janvier 1968, Poppy ne voulut pas voir s’ensevelir sous la poussière, les presses et les plombs qui avaient fait de si beaux livres. Elle engagea un jeune typographe pour lui faire imprimer des feuilles de textes de Jou, vendus dans la Boutique qu’elle créa dans l’Atelier et qui fonctionna jusqu’en 1997. Poppy rejoignit Louis Jou le 25 Octobre 1983..

L’objet de la Fondation est clairement défini dans ses statuts : assurer par tous moyens la défense et la diffusion de l’oeuvre de Louis Jou et la sauvegarde des biens s’y rattachant, organiser des stages d’études typographiques dans son atelier et favoriser les rencontres entre imprimeurs et artistes, français et étrangers, désireux de contribuer au développement de l’art graphique. Les moyens d’action sont : les publications, l’organisation d’un musée, les prêts de livres à des expositions, la réunion de colloques, l’impression d’ouvrages de toutes sortes et d’une manière générale, tous les moyens utiles à la réalisation de son but.

Le Musée - Il n’avait pas été prévu par Jou de faire de sa demeure un musée, parce que faire visiter ses collections lui importait moins que perpétuer l’activité de l’atelier. Mais le rôle culturel de la Fondation étant de faire connaître au plus grand nombre l’œuvre de Jou et la belle typographie, seul un musée pouvait les rendre accessibles au public. Il a été réalisé dans la Maison Jean de Brion et présente, avec les œuvres de Jou, une partie de ses collections : incunables et autres livres anciens, gravures de Dürer et de Goya, peintures, objets d’art, céramiques faites par Jou, et ses meubles.

Dans la grande salle voûtée, ancienne salle à manger, se trouve toujours la belle table espagnole autour de laquelle tant d’amis et de visiteurs imprévus se sont régalés des mets succulents préparés par Poppy dans la petite salle voûtée contiguë qui était la cuisine et au premier étage la bibliothèque de Jou a conservé l’état qu’elle avait de son vivant.
En parcourant les 7 salles du Musée, qui a gardé l’ambiance d’une demeure privée, on peut voir dans les vitrines les plus beaux livres de Jou : Le Prince, de Machiavel ; Les Sonnets pour Hélène, de Ronsard ; Thaïs,d’Anatole France ; Salomé, d’Oscar Wilde ; Les Amours de Psyché et de Cupidon, de Jean de La Fontaine ; Musiciens, d’André Suarès ; Les Oraisons funèbres, de Bossuet ; Les Sonnets de Louise Labé ; Jeanne d’Arc ; Le Chemin de la Croix, et son œuvre capitale Les Essais de Montaigne en 3 volumes, etc.

Certains des livres ont une reliure admirablement décorée par Jou lui-même.

L’Atelier - En face du Musée se trouve l’atelier d’imprimerie de Jou. Il ne fonctionne plus pour des raisons économiques. Les textes imprimés auparavant par la Fondation Louis Jou sur les presses à bras sont toujours en vente sur place ou par correspondance.

Le Musée et l’Atelier se visitent par groupes (30 personnes minimum)
de 8 heures à 22 heures, uniquement sur rendez-vous par téléphone ou mail.

« Cet ensemble de la Renaissance a été harmonieusement restauré par Louis Jou qui est sans contredit le premier à s’être intéressé à la conservation du village et à sa nouvelle renaissance. La restauration de la maison de Jean de Brion revient à cet artiste et si l’on peut lui reprocher trop de remises à neuf, il n’en reste pas moins vrai que celles-ci ont été exécutées sur le modèle des éléments existants. Louis Jou, graveur, dont le souvenir restera impérissable, a su faire revivre aux Baux l’art des grands maîtres du Moyen Age. »

Texte extrait de Les Baux de Provence de Fernand Pouillon, édité par F. de Nobele, libraire à Paris 6e, 35, rue Bonaparte. (Ouvrage imprimé à 250 exemplaires).

Atelier de Louis Jou, après travaux, 2019.