Exposition Don Quichotte

Au Village des Arts à Octon

Dans le cadre de la Fête Nationale de l’Estampe et de SUDestampe, le Village des Arts et des Métiers avec les artistes résidents, accueille une exposition de la Fondation Louis Jou sur Cervantès, qui met à l’honneur les quatre tomes illustrés de Don Quichotte et deux tomes du Jaloux de Carrizalès ainsi que des aquarelles, des calques, des bois gravés, des épreuves et des gravures de Gustave Doré, comme source d’inspiration.


Né en 1881 à Barcelone, Louis Jou est, à Paris puis aux Baux-de-Provence, un éditeur reconnu. À la manière des humanistes de la renaissance, il décide et réalise tout, ou presque, dans la conception du livre. Cet artiste fut alors aussi typographe, dessinateur de caractères, imprimeur, graveur, taille-doucier, peintre, céramiste, illustrateur, etc. la liste n’en fini pas. Du mot artiste Louis Jou n’en voulait pas, il se décrivait comme un artisan ! Mais force est de constater qu’il fut un artiste accompli, et total. Toute sa vie il ne cessa d’expérimenter avec prouesse de nombreuses techniques, en s’entêtant de travailler et retravailler les mêmes motifs. Dans cette exposition, vous découvrirez une fraction de cette quête infatigable, où chaque sujet, sans cesse retravaillé, témoigne d’une passion inépuisable pour l’art.

JOU ET DON QUICHOTTE

« La première fois que, à l’imprimerie, j’ai aidé le correcteur d’épreuves, j’avais 15 ans ; c’était pour la correction de Don Quichotte à Barcelone. J’ai bien ri, même nous avons bien ri tout en les corrigeant. Quelle révélation pour ma jeunesse !... » — Lettre de Louis Jou à Albert t’Serstevens, 25 mars 1961.

Catalan d’origine, Jou ne pouvait échapper à l’ombre de Cervantès. A contrario de Don Quichotte, ce ne sont pas les livres de chevalerie qui ont bouleversé Jou, mais les incunables. À seulement dix ans, apprenti à l’imprimerie Tasso de Barcelone, il est pris sous l’aile d’Eudald Canibell, conservateur de la bibliothèque Arús. Ce dernier lui ouvre les portes d’un monde : celui des livres anciens, des caractères mobiles, des pages où chaque détail est une prouesse. Jou y apprend le grec, le latin, et découvre surtout, par le prisme des incunables, l’obsession de sa vie : le livre comme objet parfait. Dès lors, il décide de s’inscrire dans la lignée des imprimeurs du XVe siècle, avec une exigence de perfection qui le rapproche, paradoxalement, de l’idéalisme quichottesque. Mais quel est son combat, quel est son moulin à vent ?

Le modernisme, sans doute. Jou, comme Don Quichotte, se bat contre une époque qui sacrifie la beauté au profit de la vitesse, la tradition au nom du progrès. Son arme ? La patience, la précision, le refus de la médiocrité. Il incarne ainsi une forme de quichottisme artisanal : un homme qui, contre vents et marées, croit encore profondément en la perfection du geste manuel, en la sacralité du livre, en la résistance de la beauté face à l’oubli.

Quand Jou s’installe aux Baux-de-Provence, ce n’est pas pour s’y prélasser. Il y érige un royaume à sa mesure : entouré d’antiquités, il sculpte la pierre et le bois, transforme ses résidences en écrins sacrés. Sa devise chevaleresque, Ora Labora Lege Relege (Prie, Travaille, Lis, Relis), gravée partout où il le peut, scelle son territoire comme une marque de noblesse intellectuelle. En 1938 il s’installera dans un hôtel particulier du XVIe siècle, et accomplira là totalement son souhait seigneurial. Bien sûr, Jou s’amuse à la création de ce décors rocambolesque, et restera jusqu’au bout fidèle à sa position d’un humble artisan du livre.

JOU ILLUSTRE QUICHOTTE

Grand collectionneur, Louis Jou s’entoure dans sa bibliothèque d’ouvrages précieux, il acquiert de nombreuses éditions de Don Quichotte, parmi lesquelles celle, sublime, illustrée par Gustave Doré en 1863. Ces livres ne servent pas une simple lubie accumulatrice, mais sont bien des outils de travail, d’inspiration. En 1948, il illustrera enfin Don Quichotte en 4 tomes, édité chez Gérald Cramer.

Comme pour le Voyage du Condottière, Louis Jou s’est documenté sur place, à la recherche du « climat ». À cette fin, il a effectué à travers la Manche un voyage de deux mois au cours duquel il a refait le périple de son héros. Ainsi, avec une force et une vérité plus grandes peut-être que ne l’a fait aucun des 1 300 illustrateurs qui se sont penchés sur les aventures du chevalier de la Triste Figure, restitue-t-il à la fois l’esprit de l’œuvre et le cadre de l’action. — André Feuille, Louis Jou, Biobibliographie, Bordeaux : Société des Bibliophiles de Guyenne, 1984, p. 167.

Jou produira pour ces quatre tomes plus de 800 gravures : lettrines, frontons, cul-de-lampes, et illustrations en pleine page. Nombre de ces bois gravés ont étés vendus avec les livres, ajout bibliophilique souhaité par l’éditeur. Beaucoup se trouvent alors aujourd’hui dans des collections privés. La Fondation Louis Jou s’efforce de rassembler ces collections, vous permettant d’en découvrir une infime partie dans cette exposition.

T.B.

Vernissage vendredi 15 mai - 18h Octon (34)
Du 15 mai au 14 juin ouvert tous les vend. sam. dim.
et jours fériés de 14h à 18h

Pendant Artpage :
29 mai - de 14h à 20h,
30 mai - de 14h à 19h30,
31 mai - de 10h à 18h


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